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[News] Les Coptes sur leurs gardes | Le Figaro


A protester, who is against former President Mohamed Mursi, holds up a copy of the Koran and a cross during a rally at Tahrir square in CairoREPORTAGE – Soulagés par le départ du président Morsi, les chrétiens d’Égypte sont victimes de vengeances islamistes et demeurent inquiets pour leur avenir dans un pays où ils représentent quelque 10 % de la population.

Une odeur de cierge et d’encens accompagne la fin de la messe. Sous la nef, éclairée par les derniers rayons du soleil couchant, les familles s’embrassent, se congratulent. «Mabrouk! (Félicitations)Morsi, c’est fini», souffle un grand-père, dans son costume à l’odeur de naphtaline. «Le président islamiste est au placard! Bon débarras…», sourit une belle Égyptienne, en tailleur bleu roi et chignon à la Oum Kalthoum.

À l’église de Marashly, au cœur de la coquette île de Zamalek, le quartier huppé du Caire, la petite minorité copte ne se lasse pas de célébrer l’éviction de l’ex-raïs barbu, un an après son élection. Ici, le mot «putsch» n’est pas le bienvenu. «Contrairement à ce qu’on dit dans les médias occidentaux, ce n’est pas un coup d’État. Les militaires n’ont fait que nous aider à nous libérer d’un dangereux leader, en se rangeant du côté des manifestants. Morsi était en train de transformer l’identité égyptienne. Il ne roulait que pour les Frères musulmans. Les minorités étaient en danger. Il fallait réagir. C’était une question de vie ou de mort», insiste un élégant homme, chemise blanche sur pantalon de flanelle. À côté de lui, son épouse opine de la tête. Accrochée à son cou, une petite croix argentée plonge dans un décolleté noir. «À cause de Morsi et des fanatiques qui gravitaient autour de lui, notre pays a reculé d’un siècle en un an», avance-t-elle. Pourtant, ni l’un ni l’autre n’acceptent de décliner leur nom. «Par prudence», insiste la femme. «Car la peur, concède-t-elle, est toujours au rendez-vous.»

Plusieurs églises attaquées

La peur: une compagne bien encombrante en ces jours de soulagement, mais aussi d’incertitude. L’édifice religieux de Zamalek, protégé par un simple concierge en sandales, ne fait l’objet d’aucune protection renforcée. Pourtant, les coptes d’Égypte, qui représentent 10 % de la population, sont la cible d’un inquiétant regain de violence depuis les manifestations massives du 30 juin, à l’origine dudépart de Mohammed Morsi. En deux semaines, au moins 9 membres de la minorité religieuse ont été tués à travers le pays. Dans le seul village de Nagaa Hassan, près de Louxor, quatre chrétiens ont été assassinés, trois autres blessés et plusieurs maisons brûlées au lendemain du coup de force de l’armée, le 3 juillet. La semaine passée, un autre copte a été retrouvé mort, après avoir été décapité, dans le Sinaï. Il avait été enlevé le même jour où un prêtre de la péninsule était tombé sous les balles mortelles d’extrémistes armés.

Les lieux de culte ne sont pas épargnés. Dans la région de Minîéh, à 250 kilomètres au sud du Caire,l’église copte Saint-Georges de Delga a été pillée et incendiée, tandis qu’à Marsa Matrouh, au bord de la Méditerranée, l’église de la Vierge Marie a été sauvagement attaquée le jour de la chute du président islamiste. Au téléphone, le père Bijimi Anba-Boula veut témoigner. «Aux environs de 22 h 30, j’ai d’abord entendu des échanges de tirs entre un groupe de salafistes et l’armée», raconte-t-il, la voix tremblotante. La suite ressemble à un mauvais cauchemar. «Deux heures plus tard, des assaillants s’en sont pris à l’église. Ils ont brisé les fenêtres à coup de jets de pierre et ils ont brûlé la maison du gardien. Les islamistes nous mettent dans le même sac que les libéraux et les anti-Morsi. Ils persécutent tous ceux qui ne pensent pas comme eux», assure-t-il.

Alertée par ces violents incidents, l’Initiative égyptienne pour les droits personnels – une ONG spécialisée dans les droits de l’homme – tire la sonnette d’alarme. Pour Ichkat Ibrahim, son responsable, «les coptes paient le prix des discours enflammés contre les dirigeants islamistes et de partisans de l’ancien président, qui les accusent d’avoir conspiré en faveur d’une intervention de l’armée pour renverser Morsi».

Habituellement prudents et réservés, les coptes n’ont pas caché leur plein soutien au départ de l’ex-raïs islamiste. À commencer par leur chef spirituel, le pape Tawadros II. Le 3 juillet, le patriarche à la robe noire est apparu en personne aux côtés du général Abdel Fattah el-Sissi, à l’instar du grand cheikh d’al-Azhar, lorsque celui-ci annonça l’éviction de Morsi dans une allocution retransmise en direct à la télévision. Quelques jours plus tôt, ils étaient nombreux à descendre dans la rue, parfois pour la première fois de leur vie, comme ce couple de Zamalek, pour scander «Erhal!» («Dégage!») sous les fenêtres du palais présidentiel, bâtisse blanche de style oriental, au cœur de Héliopolis. Ouvertement engagé contre ce président issu des Frères musulmans, le tycoon égyptien de confession copte, Naguib Sawiris, a même appuyé personnellement les activistes de Tamarod («Rébellion»), à l’origine de cette vaste mobilisation, en leur prêtant les locaux de son parti, les «Égyptiens libres». Mais de là à faire porter le chapeau à la minorité chrétienne… «De tout temps, les coptes ont souffert de discrimination. Dès que quelque chose ne tourne pas rond, on le leur impute», observe Youssef Sidhom, le rédacteur en chef de l’hebdomadaire égyptien copte Watani.

Plus grande communauté chrétienne du Proche-Orient, les coptes («Égyptiens» en grec ancien) sont présents en Égypte depuis l’époque pharaonique. Au VIIe siècle, l’invasion arabe a marqué le début de leur déclin face aux musulmans, qui représentent aujourd’hui la grande majorité des quelque 84 millions d’habitants. «Sous Moubarak, ils ont toujours été sous-représentés dans l’administration, les postes à responsabilité, les universités… À la révolution, en janvier-février 2011, et surtout après l’élection de Mohammed Morsi, on espérait que ça changerait. Or, c’est le contraire qui s’est produit. À la marginalisation des coptes s’est ajouté un discours incendiaire à leur égard», poursuit le journaliste.

En marge des attaques de ces derniers jours, le ton est encore monté d’un cran dans les rangs des Frères musulmans, aujourd’hui écartés du pouvoir, et de leurs partisans islamistes qui dénoncent sans retenue «un complot chrétien». À Assiout, ville de Haute Égypte à forte communauté copte, des tracts distribués à la sortie des mosquées les traitent ouvertement d’infidèles en les accusant d’avoir insulté le Prophète et d’être derrière le coup d’État. Pour autant, Youssef Sidhom veut croire en la mise en place «d’une vraie démocratie». D’après lui, «l’Égypte est enfin sur la bonne voie» et le nouveau gouvernement intérimaire nommé cette semaine, au sein duquel siègent trois ministres coptes, est «plus représentatif des attentes des Égyptiens».

Mina Thabet aimerait partager le même optimisme. À 24 ans, cet ingénieur copte dirige la «coalition égyptienne des minorités», qui recense minutieusement les exactions contre les coptes, les chiites ou encore les bahai’s. Polo et blue-jean, il donne ses rendez-vous au café Groppie, le repère des intellectuels du centre-ville, à quelques mètres des locaux de Watani, non loin de la place Tahrir, où les jeunes sirotent du thé, même en période de ramadan. Pour lui, il ne fait aucun doute que sa communauté a particulièrement souffert de la montée en puissance des islamistes aux premières élections de l’après-Moubarak. Après avoir remporté les trois quarts des sièges aux législatives de novembre 2011 – Frères musulmans et salafistes confondus -, puis la présidentielle en juin 2012, ils l’ont particulièrement déçu en plaçant l’islam au cœur de la nouvelle Constitution – annulée le 3 juillet, avec le coup militaire – en dépit de leurs promesses d’ouverture. «Morsi et ses alliés n’ont cessé de nous mentir. Lui qui disait être le président de tous les Égyptiens, lui qui disait porter les chrétiens dans son cœur, il a fait tout le contraire!», dit-il, furieux.

«L’armée nous a sauvés»

Impossible d’oublier cette violente attaque de la cathédrale Saint-Marc, en avril dernier, lors des funérailles de quatre coptes, tués à l’issue d’une rixe interconfessionnelle provoquée par une croix gammée dessinée par de jeunes chrétiens. Mina Thabet y était. Il s’en souvient: «Pendant dix-huit heures, nous sommes restés bloqués dans la cathédrale. Des bandes en furie nous attaquaient de toute part. Les forces de l’ordre, elles, n’ont rien fait pour nous aider. Au contraire, elles ont tiré des grenades lacrymogènes à l’intérieur du patriarcat.» Il se souvient également de l’affaire Alber Saber, ce jeune homme condamné en décembre 2012 à trois ans de prison pour blasphème. Son crime fut d’avoir publié sur sa page Facebook un lien YouTube vers le film L’Innocence des musulmans, une satire anti-islam produite par un copte égyptien de Californie. Profitant d’une libération sous caution, le jeune homme s’est, depuis, exilé dans un pays d’Europe. Sa mère, elle, a tout perdu: son appartement, saccagé par une foule d’hommes en furie, et son travail dans un hôpital privé «soucieux pour sa réputation».

Mina Thabet voit dans ces attaques «l’effet pervers d’une parole libérée depuis la révolution, où la multiplication des chaînes islamistes a offert une tribune aux discours antichrétiens de prêcheurs va-t-en-guerre». Alors, oui, comme tant d’autres coptes, il a soufflé à l’annonce de la fermeture de ces télévisions de la haine, juste après le coup militaire. Pourtant, le jeune homme reste sur ses gardes. «L’armée nous a sauvés, mais n’effaçons pas le passé! Souvenez-vous de la transition militaire, après la chute de Moubarak. En octobre 2011, 27 manifestants coptes sont tombés, à Maspero, sous les balles des soldats. En vingt minutes! J’y étais. Je ne peux oublier leur violence», souffle-t-il. C’est avec la même circonspection qu’il a pris note, le 8 juillet, de la nouvelle déclaration constitutionnelle. À sa grande surprise, l’article 1 y maintient la référence aux principes de la charia, et notamment la jurisprudence sunnite comme source principale du droit. Une décision, dit-il, prise sous la pression des salafistes d’al-Nour, et qui risque, une fois de plus, de causer du tort aux coptes. «Je ne peux m’empêcher d’être inquiet, très inquiet», glisse-t-il.

(via Le Figaro)

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