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[News] Interview en français d’Anba Tawadros : « En Egypte, les jeunes coptes sont les piliers de l’avenir »




Vingt heures avant de devenir le 118e successeur de saint Marc, l’évêque général de Beheira, au nord de l’Égypte, Anba Tawadros avait accordé une interview exclusive à « La Croix ».

Celui qui n’était encore que l’un des trois finalistes au siège pontifical de l’Église copte ne se doutait pas que son nom serait tiré au sort, dimanche 4 novembre, pour succéder au pape Chenouda III.


La Croix: Si vous étiez élu pape demain, quelle serait votre priorité ?


Mgr Tawadros : Je voudrais confirmer le rôle spirituel de l’Église. Elle a deux rôles principaux, l’un est spirituel et l’autre social. Elle les exerce aujourd’hui, mais les circonstances ont créé une confusion, et je veux la rectifier.

Beaucoup de fidèles reprochent aujourd’hui au pape Chenouda III d’avoir joué un rôle politique qui n’était pas le sien.


Il n’a pas décidé de jouer un rôle politique, on le lui a imposé. Ces dernières décennies, l’État et les divers gouvernements ont placé au deuxième rang les fidèles coptes-orthodoxes, et les chrétiens en général, puis ils ont marginalisé le rôle de l’Église et celui des chrétiens. L’Église a été contrainte d’assumer un rôle politique. Mais, le plus souvent, le pape jouait le rôle d’un simple citoyen égyptien.

Que pensez-vous de l’héritage de ce pape ?

C’était un très grand pape, très charismatique. Dieu lui a permis d’œuvrer comme évêque, puis comme pape, pendant près de 41 ans. Sous son égide, l’Église copte-orthodoxe a connu une grande expansion, elle possède aujourd’hui 120 évêchés à travers le monde. En 2000 ans, sept papes seulement ont connu un aussi long règne.

Si vous étiez élu, suiveriez-vous le chemin tracé par votre prédécesseur ?

Je suivrais celui de Chenouda III, mais aussi celui de Cyrille VI. Le nouveau pape sera l’héritier de ces deux prélats.

Le pape Chenouda lll a interdit aux fidèles de se rendre à Jérusalem, en Terre sainte. Maintiendriez-vous cet interdit ?

Le voyage en Terre sainte pose un grand problème. En 1973, la guerre entre l’Égypte et Israël a été suivie, en 1979, par un traité de paix. Il y a eu une normalisation des relations entre l’Égypte et Israël au niveau des dirigeants. Mais pas entre les deux peuples. L’Égypte se compose d’une majorité musulmane et d’une minorité chrétienne. Si la minorité initiait cette normalisation, ce serait une forme de trahison envers la société égyptienne. J’ajouterai que le Christ a vécu en deux lieux : la Palestine et l’Égypte, tout aussi saintes l’une que l’autre. Ce qui compte pour nous, c’est la terre sur laquelle a marché le Christ.

Que pensez-vous des obligations imposées en Égypte pour la construction d’une église ?

Cela crée une forme de chaos dans la société, et c’est une contrainte pour les Coptes. Nous demandons à l’État d’autoriser sans restrictions la construction ou la restauration d’une église. Comment admettre au XXIe siècle une telle bureaucratie ? Parfois le permis de construire une église requiert 40 ans de démarches, et je pourrai citer de nombreux exemples. La question demeurée sans réponse est celle de savoir en quoi la construction d’une église dérange l’État égyptien…

Que comptez-vous faire pour les jeunes ?

Ce sont les piliers de l’avenir : il faut leur donner une très grande place. Nous disposons d’un évêché spécialement pour les jeunes. L’État a suivi notre exemple en créant le ministère de la Jeunesse. Le rôle de l’Église est triple : spirituel, social et économique. Nous essayons de leur enseigner les langues, les travaux manuels, afin qu’ils puissent bâtir des projets personnels. Un jeune qui a fait des années d’études, et ne trouve pas de travail, est réduit au chômage. Un nombre élevé de chômeurs constitue un danger pour la société.

La rédaction de la nouvelle constitution soulève de grandes inquiétudes parmi les chrétiens. Si le droit coranique devient la source de la législation, quel sera leur sort ?

Il semble acquis que la résolution n° 2 de la constitution de 1971 sera maintenue. La charia sera seulement la source principale de la constitution.

Et si les salafistes veulent aller plus loin ?

L’Église refusera ce schéma, et elle aura pour alliés les laïcs et les libéraux.

Quelles relations chrétiens et musulmans entretiennent-ils en Égypte ?

Elles sont excellentes. Mon frère musulman ne peut pas se passer de moi, et je ne peux pas vivre sans lui. Certains problèmes sont nés à partir de 1973, quand la politique de la « porte ouverte » a permis à de nombreux Égyptiens de travailler en Arabie Saoudite, où l’on pratique un islam wahhabite, radical. Mais cette tendance n’a pas grand place en Égypte, ou la majorité est modérée. J’avais à la faculté des camarades musulmans, et nous sommes toujours de bons amis.

Si vous étiez élu pape demain, quelle sera votre relation avec l’islam ?

Une relation de paix, d’amour, et de grand respect. Je me comporterai avec eux comme un citoyen égyptien, un serviteur de l’État.

(via La-Croix)

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