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[Funérailles du Pape Shenouda III] L’adieu du peuple copte à « Baba Chenouda » (La Croix)


Des dizaines de milliers de coptes se sont massés dans les rues alentour pour lui rendre un dernier hommage.

Mardi matin 20 mars, près de la station de métro de Massara, un quartier populaire au nord du Caire, tout semblait normal. Les marchands de légumes ambulants poussent des grands cris pour vanter les mérites de leurs courgettes et aubergines. Aux terrasses des cafés, les hommes boivent le premier thé de la journée en tirant sur un narguilé. Seul un détail rompt le climat habituel du quartier : les cloches de l’église Sainte-Marie sonnent à intervalles réguliers.

En pénétrant dans la cour de la petite église, une grande affiche de Chenouda III, un sourire bienveillant sur les lèvres, accueille les fidèles. Des jeunes filles vêtues de noir, le visage fermé, embrassent l’icône de saint Georges à l’entrée avant de pénétrer dans l’église. À l’intérieur, la cérémonie des funérailles du pape, qui se déroule au même moment dans la cathédrale Saint-Marc, est retransmise sur un grand écran placé au centre de la nef.

Les bancs sont clairsemés : beaucoup de coptes du quartier se sont rendus à la cathédrale pour se joindre aux dizaines de milliers de personnes venues de tout le pays et suivre les obsèques de celui qui a régné sur l’Église copte pendant plus de quarante ans.

La cathédrale est restée fermée aux fidèles

Assis au dernier rang, un homme âgé se recueille quelques minutes, la tête posée sur ses mains jointes. « Baba Chenouda était une âme d’une grande bonté, pour tout le monde, pas seulement pour les chrétiens », affirme Samir Khalil, un peintre en bâtiment de 64 ans. Il affiche un sourire serein, encadré de grandes moustaches blanches. « J’aurais voulu aller à la cathédrale, mais je ne pouvais pas. Je suis cardiaque, alors j’ai préféré éviter toute cette foule. »

La marée humaine qui entoure depuis trois jours la cathédrale Saint-Marc, dans le quartier d’Abbassiya, peut en effet être dangereuse. Au moins trois personnes ont péri asphyxiées dimanche, d’après le ministère égyptien de la santé.

Mardi, les portes d’enceinte de la cathédrale sont restées fermées aux fidèles. Seules les personnalités du régime, les diplomates et les notables ont assisté à la cérémonie, qui a duré un peu plus de deux heures, dans une église pleine à craquer. Le maréchal Tantawi, chef du Conseil suprême des forces armées et président par intérim depuis le départ de Hosni Moubarak, et le président du Parlement Saad El Katatni, issu du parti des Frères musulmans, étaient notamment présents.

Inhumé dans un monastère du Wadi Natrum

De nombreux ambassadeurs et diplomates étrangers avaient fait le déplacement, dont l’ambassadrice américaine Anne Patterson. Des personnalités coptes étaient également venues en nombre, comme le milliardaire Naguib Sawiris. Face à eux, le cercueil ouvert laissait voir le visage de Chenouda III, coiffé d’une mitre dorée, tandis que des chants coptes accompagnaient la cérémonie. Puis son cercueil a été transporté dans l’allée centrale, et des centaines de mains se sont tendues sur son passage pour le toucher.

« Moi j’irai demain au monastère Saint-Bishoï pour recevoir la bénédiction de Baba Chenouda », se réjouit Samir Khalil, resté à la petite église de Massara. C’est là que le corps du patriarche copte a été transporté mardi, après les funérailles, pour y être inhumé. Le religieux souhaitait reposer dans ce monastère du Wadi Natrum, une région désertique proche du Delta du Nil, où il avait été exilé pendant trois ans par le président Sadate, au début des années 1980, parce qu’il s’opposait à sa politique d’ouverture envers les islamistes.

« Le prochain pape devra forcément jouer un rôle politique »

Malgré le deuil national décrété par le Conseil militaire au pouvoir, Samir travaillait mardi, comme la plupart des Égyptiens. Les administrations sont d’ailleurs restées ouvertes. Chenouda était apprécié par beaucoup de musulmans, et certains se sont joints au deuil des chrétiens, même si la plupart semblaient indifférents. Sur le parvis de l’église de Massara, Maria Fouad, 13 ans, a la gorge nouée. Elle a toujours vécu avec la figure de Baba Chenouda à ses côtés. « Il était comme un père, dit-elle, dans un souffle. À une époque un peu difficile de ma vie, j’ai lu l’un de ses livres, qui m’a aidé à me sentir mieux. »

Avec la disparition du pape, l’adolescente aux grands yeux noirs craint que les chrétiens aient encore plus de mal à défendre leurs droits. « Sa personnalité forte poussait les autorités à respecter les chrétiens, estime-t-elle. Les militaires au pouvoir vont peut-être nous causer plus de problèmes maintenant. » Dans sa rue, elle est la seule chrétienne. « Mais je n’ai pas de problèmes particuliers. J’ai beaucoup d’amies musulmanes, et il n’y a pas de salafistes dans le quartier. » Elle reconnaît pourtant que les tensions existent entre coptes et musulmans dans le pays, et que l’arrivée des islamistes aux affaires inquiète une bonne partie de sa communauté. « Le prochain pape devra forcément jouer un rôle politique, pour nous défendre quand nous sommes attaqués. »

« La politique et la religion ne doivent pas être mélangées »

Michael, qui bavarde avec son amie Marianne dans la cour de l’église, n’est pas du même avis. « La politique et la religion ne doivent pas être mélangées, estime ce comptable de 27 ans. Le pape ne doit pas être le représentant des coptes auprès des autorités. » Il assure que les Frères musulmans ne lui font pas particulièrement peur. « Ils veulent gagner la confiance des chrétiens, donc ils ne vont rien faire contre nous. »

Michael est même plutôt optimiste, et reste pro-révolution, alors que beaucoup de ses coreligionnaires se laissent gagner par le désenchantement depuis quelques mois. « Les problèmes ne manquent pas, bien sûr, mais nous allons reconstruire notre pays. » À ses côtés, Marianne, professeur, en est certaine : « Dieu va nous envoyer un nouveau pape qui correspond à l’époque de changement que nous traversons. »

(via La Croix)

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