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[News] Les chrétiens égyptiens se font tatouer leur foi


Un excellent article est paru la semaine dernière sur France24, parlant des tatouages que se font les coptes, que ce soit la petite croix discrète sur la main droite, mais également tous les saints que se font tatouer certains sur leur bras ou leurs torses.

Installé dans la ville égyptienne de Muqattam, Gergess, tatoueur copte, est connu à travers tout le pays pour ses motifs exclusivement chrétiens et très travaillés.

En Egypte, la cohabitation entre musulmans et coptes provoque régulièrement remous et affrontements. Une situation tendue qui a récemment éclaté dans le cadre de la prise d’otages dans l’Eglise de Bagdad qui s’est finie en bain de sang. Des terroristes irakiens avaient alors exigé la libération de deux femmes coptes converties à l’Islam et séquestrées dans un monastère en Egypte.

La communauté copte est l’une des plus anciennes communautés chrétiennes du Moyen-Orient. Son histoire remonterait à l’épisode biblique de la fuite en Egypte. Malgré des périodes difficiles et une migration massive, notamment vers l’Amérique du Nord, les coptes demeurent une minorité importante, qui représente entre 10 et 17 % de la population, selon les sources officielles et/ou d’après l’Eglise copte d’Égypte.


« Je déplore que la société égyptienne commence à perdre sa mixité »



Maryam Montague est Américaine et vit au Maroc depuis 9 ans. Elle est photographe et collabore avec un centre de formation pour journalistes en Egypte. Elle partage les expériences de ses voyages sur son blog.

Cela fait cinq ans que je voyage régulièrement en Egypte. A chaque fois, j’en profite pour découvrir un nouveau coin. Mon dernier séjour date d’il y a une semaine. J’avais alors entendu parler de Muqattam, qui se trouve dans la banlieue du Caire. C’est un coin très pauvre, majoritairement peuplé par des coptes et qui sert aussi de décharge publique. Les personnes vivent, entre autres, du recyclage des déchets et de l’élevage des porcs (ils ont d’ailleurs été très touchés par l’abattage massif des porcs en avril 2009). Mais la ville est aussi connue pour son Eglise, taillée dans la colline, qui surplombe la ville et pour son tatoueur, Gergess, qui a déjà figuré dans les pages de quelques magazines. J’étais de fait très curieuse d’aller voir par moi-même cet endroit qui recèle de tant de contradictions.

J’ai toujours été intéressée par le côté pictural des tatouages, mais mon intérêt était ici doublé par la dimension religieuse. En effet, dans l’atelier de Gergess, les motifs proposés sont exclusivement inspirés de la tradition chrétienne : Vierge, Jésus et autres motifs des patriarches coptes. Tous sont gravés sur des tampons en bois qui sont trempés dans l’encre et marqués à l’endroit choisi par le client. Ensuite, le tatoueur commence à remplir le motif pour donner lieu à un tatouage.

Gergess a aussi la particularité de soigner son travail : ses tatouages ne sont pas élaborés à partir d’encre noire et son atelier renferme toute une palette de pigments multicolores – un véritable plaisir pour les yeux ! Il tient aussi à respecter scrupuleusement les règles hygiéniques du tatouage, car beaucoup brandissent l’argument du manque d’hygiène pour fustiger cette pratique, notamment parmi les musulmans. Je trouve par ailleurs que c’est une manière très originale de revendiquer sa foi. Quand Amir, le jeune homme qu’on voit sur les photos, est venu se faire tatouer, il avait l’air très décidé. Il exigeait d’avoir un grand tatouage du patriarche bien en vue sur sa poitrine. C’est tout de même différent d’un simple crucifix qu’on s’accroche au cou !


Muqattam est tout cela à la fois : une décharge publique qui renferme des joyaux, un artisan qui allie piété et esthétisme, des motifs aussi spirituels dans un endroit aussi sale… Je déplore que la société égyptienne commence à perdre cette mixité qui la caractérisait tant jusqu’aux années 1950. Je comprends que le communautarisme soit séduisant aux yeux de certains, dans la mesure où il permet à un groupe ethnique ou confessionnel de préserver ses traditions. Mais je regrette que cela nous fasse oublier ce que c’est que le multiconfessionnalisme. C’est pour cela que je tiens à partager mes voyages et mes expériences sur mon blog, surtout que les Américains n’ont pas vraiment le goût du voyage et de la découverte ! »

Gergess, le tatoueur de Muqattam, montrant un des articles qui ont été écrits sur son atelier.

Gergess, le tatoueur de Muqattam, montrant un des articles qui ont été écrits sur son atelier.




Les motifs utilisés par Gergess dans ses tatouages.

Les motifs utilisés par Gergess dans ses tatouages.


Les pigments utilisés dans la coloration.

Les pigments utilisés dans la coloration.


Amir, jeune copte de 22 ans, se faisant tatouer.

Amir, jeune copte de 22 ans, se faisant tatouer.

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